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Vous y avez cru? Dommage c’était juste une boutade. Mais cela nous amène à vous parler d’un problème du web: les articles relayant des fausses informations et le succès grandissant qu’ils connaissent.

Le titre de cet article a beau être 100% faux, vous avez cliqué. Mais malgré le fait qu’il ne s’agisse que d’un moyen de vous attirer, les faux articles pullulent sur le web et même un faux titre n’empêcherait probablement pas cet article d’être partagé et publié à nouveau sur tous les réseaux sociaux. On peut citer par exemple la polémique déclenchée après l’élection de Donald Trump à la présidence américaine, notamment à cause de l’influence des informations fantaisistes présentées aux yeux de tous en ligne. « Je pense qu’il est à la Maison Blanche à cause de moi », a ainsi déclaré Paul Horner, 38 ans, créateur de faux sites d’information. Il pense aujourd’hui avoir participé à l’influence générée qui aurait selon lui modifié l’opinion de millions d’Américains avec ses articles inventés de toutes pièces et partagés sans vergogne sur les réseaux sociaux.

Alors que Facebook a récemment déclaré réfléchir à une série de mesures pour lutter contre ce fléau, Nous allons tenter de vous expliquer pourquoi nous sommes instinctivement attirés par ces faux articles remplis d’informations toutes plus farfelues les unes que les autres. (N’oubliez pas que si vous lisez cette article, c’est que vous avez cliqué, surement à cause du titre, qui est totalement faux.)

clickbait-facebook

On veut des infos croustillantes

L’aspect sensationnel et spectaculaire d’un article fréquenté n’est pas nouveau et a encore de beaux jours devant lui. La véracité d’une information ne fait pas sa popularité ou sa viralité.

« Une information vraie ne circulera pas mieux qu’une information fausse. Ce qui va faire la différence, c’est son habillage. »

Pascal Froissart, sociologue

Attirer le lecteur,voilà le but, le contenter n’est pas la priorité ici et si il est déjà sur l’article, à se rendre compte petit à petit qu’il s’est fait avoir, c’est que le gain est déjà acquis, il faut donc savoir combiner ici une accroche efficace et visuelle avec une information croustillante, qui contentera la soif de ragots de chacun. Mais il faut que l’ensemble soit équilibré et pas trop fantaisiste à la fois.

Novembre 2015, un homme affirmant s’appeler Phuc Dat Bich a su manipuler les médias du monde entier, et même des institutions historiques comme certains quotidiens internationaux comme The Independent ou encore l’AFP. Il protestait car Facebook avait clôturé plusieurs fois à cause de son nom : « Phuc Dat Bich » qui, phonétiquement donne « Fuck that bitch »(pas besoin de traduire, on connaît tous la signification). Sauf qu’il a ensuite avoué avoir inventé cette histoire du début à la fin. Moralité de l’histoire? Plus la pilule est grande, plus elle passe facilement et ce ne sont ni l’AFP ni The Independent qui dirons le contraire..

Phuc Dat Bitch

Nos émotions nous influencent plus qu’on ne le croit

Le levier émotionnel est souvent la où appuie le titre d’un article efficace nous fais franchir la limite entre « Non je n’ai pas envie » et « Il faut que je clique », que cela suscite chez nous de l’amusement, de l’indignation, de la simple curiosité ou de l’attendrissement. Il faut penser « post-truth » (post-vérité) qui est le mot de l’année 2016 pour le dictionnaire britannique Oxford, il désigne des « circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d’influence pour modeler l’opinion publique que les appels à l’émotion et aux opinions personnelles ».

Facebook n’a pas été pris à défaut. Depuis début 2016, Facebook a donc logiquement développé de nouvelles réactions sur le réseau qui sont au nombre de 6 , j’aime, j’adore, c’est drôle, c’est incroyable, je trouve ca triste et c’est énervant.

facebook-reactions

Pas de surprise ici, la peur est l’une  des émotions les plus efficace. « Généralement, les rumeurs circulent et explosent quand une émotion est générée par un événement que l’on n’est pas capable d’expliquer soi-même », déclare Guillaume Brossard en 2015, cofondateur du site français Hoaxbuster, qui a pour but de trouver justement et de chasser des rumeurs sur le web. Pourquoi ça? Tout simplement parce que de trop nombreuses fausses informations ont émergé après l’attentat qui a visé la rédaction de Charlie Hebdo et après les attentats du 13 Novembre 2015.

Parce que c’est plus facile de croire des informations qui vont dans notre sens

Christine Boutin en a fait les frais en février 2014. Rappelez vous son commentaire de l’annonce du gouvernement sur le report du projet de loi sur la famille: « J’ai pris un petit papier parce qu’on parle du côté du gouvernement de ‘stratégie provisoire d’avancement à potentialité différée’. C’est tellement complexe que j’ai voulu prendre exactement le titre. Donc ça ne nous endort pas du tout.«  Sauf que la présidente d’honneur du Parti chrétien-démocrate, fervente opposante au mariage pour tous a cité un faux site d’information bien connu du web : le Gorafi.

Cet exemple nous montre ce que les chercheurs appellent le biais de confirmation. Autrement dit, le fait que nous soyons davantage enclins à croire et porter de l’importance  à des informations qui vont dans notre sens, qui nous confortent dans notre position et qui implicitement nous font plaisir à entendre ou à lire, comme l’a expliqué à Buzzfeed Brendan Nyhan, professeur en sciences politiques à Dartmouth (Etats-Unis).

Ça fait du bien de voir nos idées préconçues confirmées. C’est pour cela que nous ne nous montrons pas assez sceptiques pour ce qui concerne les affirmations en accord avec nos convictions.

Brendan Nyhan, professeur en sciences politiques

à Buzzfeed

Tous ces travers sont renforcés grâce à Internet car les formules utilisées par différents services, comme les moteurs de recherche et les réseaux sociaux, nous proposent des résultats et des éléments qui correspondent à nos historiques de navigation et nos opinions. C’est une véritable « bulle de filtres qui réduit notre perception du monde et nuisent à l’ouverture de notre vision de celui-ci. Une thèse défendue par Katharine Viner, la rédactrice en chef du Guardian. Une fois l’incident du Brexit passé, elle a publié, en juillet, un article intitulé « Comment la technologie a perturbé la vérité ». Elle y condamne, notamment, le succès en ligne des articles de journaux pro-Brexit alors qu’ils ont multiplié les mensonges pendant la campagne, ce qui aurait sensiblement influencé selon elle, le résultat du Brexit.

2018-12-07T10:22:23+00:00