Les chiffres de Zone Telechargement

Vous avez certainement déjà entendu parler de Zone Téléchargement, plateforme qui a fait parler d’elle après une opération policière visant le site répertoriant des liens de téléchargement illégaux , nous avons ainsi pu apprendre quelques éléments sur le véritable business que le site représentait.

Le site Zone Téléchargement (ZT) était le 11ème site le plus visité de France d’après Alexa, il a été mis hors ligne lundi dernier après saisie de ses serveurs puis remis en ligne à peine 24 heures après, se moquant ouvertement de la Gendarmerie qui s’était vantée de la fermeture sur tous les médias. Résultat, un bon gros coup de publicité pour le portail de liens !

Toutefois, le site a été restauré via un backup datant de 24 heures à peine même si les liens ne sont plus opérationnels : en effet, il faudrait que le protecteur de lien dont tout dépend, DL-Protect (DLP), se remette à fonctionner, ce qui n’est pas encore le cas.  Tant que les redirections sécurisées du site sont désactivées, le site est une façade sans œuvres sous copyright piratées.

Toulouse : Théâtre d’un procès des plus rapides

Les deux administrateurs âgés de 24 et 26 ans ont été mis en examen pour contrefaçon en bande organisée, exécution en bande organisée d’un travail dissimulé et blanchiment d’argent aggravé.

Les trois autres personnes qui se trouvaient encore en garde à vue mardi, faisant toutes trois partie du cercle familial d’un des deux suspects ont été libérées et seront entendues par la suite sur l’affaire.

Ses avocats, Mes Catherine Raynal et Simon Cohen, s’étonnent du ridicule de la mise en détention du jeune homme :

« Les réquisitions de mandat de dépôt, dans un dossier financier correctionnel, sont injustifiées et ridicules. Les faits concernant le site internet ont été reconnus. Le site a depuis été fermé. Quel intérêt à placer ce garçon en détention ? Aucun. La justice veut simplement le punir par anticipation alors que la possibilité qu’il soit placé en détention par le tribunal correctionnel, lors du jugement au fond, est presque nulle. »

Un semi retour en ligne qui fait jaser

Il est étonnant de voir que les autorités n’ont pas saisi le nom de domaine lors de l’opération avant de communiquer dessus. C’est une démarche assez risquée, surtout que des administrateurs secrets du site semblent être encore libres et non inquiétés étant donné la rapidité de remise en ligne du site, à savoir 24 heures à peine. Plusieurs contenus ont été publiés sur Facebook et Twitter, sans toutefois être authentifiés mais semblant correspondre à des employés du site.

« Retrouvez l’ensemble des news de Zone Telechargement. Keep Calm nous sommes toujours en vie. Zone-Telechargement n’est pas un hébergeur mais un site de partage avec des liens directs… Hadopi ne nous concerne pas #ZoneTelechargement ».

Les chiffres du site pirate restent toutefois impressionnants : Le site comptabilisait, d’après la gendarmerie, 254 millions de pages vues pour 7,1 millions de visiteurs tous les mois avec 11 000 téléchargements en moyenne par jour. A côté de ça, Zone-Telechargement disposait de 18 000 films, 2 500 séries télé ; 11 000 documentaires ; 20 943 émissions télé ; plus de 150 000 MP3 mais aussi des BD, mangas, livres numérisés. Le réseau disposerait ainsi d’après les estimations de 2,5 millions de liens vers du contenu illégal d’après la SACEM. Autant dire qu’on a ici un catalogue bien fourni!

Zone Telechargement Argent

Le site n’hébergeait toutefois aucun fichier, reprenant le principe de l’annuaire. Chaque contenu présenté, et ce, quelque soit son type, disposait ainsi d’une liste de liens de téléchargement directs (DDL) via le service DL-Protect, pointant vers d’autres services de stockage comme Uploaded, Uplea, Uptobox, 1fichier, Rapidgator, Free, Turbobit.

Le cœur même de Zone Téléchargement était ainsi DL Protect, car ce service crucial est géré par la même entité, une entreprise offshore spécialisée dans le piratage lucratif. Il aura donc fallu plus de deux ans à la Gendarmerie et à la C3N (Centre de lutte contre les criminalités numériques) pour révéler au grand jour la gigantesque Zone Téléchargement.

DL Protect servait ainsi à protéger le site Zone Téléchargement de tout blocage dans les moteurs de recherche. Comment? Et bien tout simplement en se servant du fait qu’aucun lien illégal n’était visible directement sur ses pages ! Ainsi, les ayants droits ne pouvaient rien faire via des requêtes DMCA, aucun lien ni fichier illégal n’étant visible sur le site. Très maligne cette astuce! Elle aura ainsi permis au site de tenir si longtemps face à la pression juridique. Les revenus publicitaires étaient de plus ainsi multipliés par deux: les visiteurs visualisaient de la publicité sur le portail principal et en revisionnaient sur le service de cloacking DL Protect. Double bénéfice pour les administrateurs!

La plupart des régies publicitaires utilisées étaient ainsi peu regardantes et ne respectaient bien entendu pas les accords liés aux contenus. Pas de scrupules ici donc, c’est le contenu pour adulte qui s’imposait en masse, afin notamment de générer un maximum de rémunération, la tentation au bout du clic.

D’après les enquêteurs, le chiffre d’affaire annuel de Zone Téléchargement représente 1,5 millions d’euros. Bien entendu, les frais demeuraient inexistants et la majorité du cash entrant était du bénéfice pur et simple ! Ne s’arrêtant pas la, les responsables des deux sites ont , en plus, poussé la manette des gaz à fond en mettant en place un réseau de blanchiment d’argent et une multitude de comptes bancaires offshore pour ne payer aucune taxe et échapper aux autorités trop curieuses.

Tout les versements en provenance des régies publicitaires actives étaient réalisés sur des comptes offshore qui ont été listés par les enquêteurs : Malte, Chypre et Belize. C’est une gigantesque pièce de fraude fiscale qui s’est ainsi déroulée aux yeux de tous, faisant des administrateurs du site, de véritables Kim Dotcom français.

A la tête de cet empire des plus juteux, 2 personnes arrêtées à Andorre. Le mystère demeure donc entier sur la pièce manquante qui a pu remettre en ligne le site Web… un honeypot peut être ? Peu probable vu le battage médiatique. Il doit donc rester un administrateur secret en liberté hors d’atteinte des autorités, qui ignorent manifestement jusqu’à son existence. Les serveurs Web quand à eux, ont été saisi en Allemagne et en Islande principalement par l’intermédiaire de commissions rogatoires internationales. A Andorre enfin, où les deux administrateurs ont été arrêtés, la police a mis la main sur un véritable trésor de guerre, un immense butin amassé durant des années d’exploitation des sites dédiés au piratage. On parle ici de supercars de luxe, d’une réserve de cash avoisinant les 450 000€, de multiples comptes bancaires offshore dans des paradis fiscaux, de luxueuses propriétés en résidences secondaires, et bien d’autres…

Les administrateurs du site seront vraisemblablement poursuivis pour contrefaçon et blanchiment d’argent en bande organisé. Ils risquent ainsi jusqu’à 7 ans de prison et environ 750 000€ d’amende. La Sacem a cependant confirmé qu’elle ne compte pas poursuivre les millions d’utilisateurs de ces deux sites (attaquables en théorie pour « recel »), l’objectif étant de stopper le commerce illégal à sa source.Cette « chasse au pirate » semble de toute façon presque trop monumentale pour être réellement réalisée mais une chose est sûre: pour la SACEM , « il n’y a plus d’impunité pour les pirates » .

Et vous? Êtiez vous sur Zone Téléchargement?

2018-12-07T10:22:23+00:00