Amazon : histoire du plus grand supermarché du monde

Que celui ou celle qui n’est jamais passé(e) par Amazon pour le moindre achat nous jette la première pierre… Amazon, créé en 1995, était au départ destiné à être « la plus grande librairie du monde » — c’était son premier slogan, lors de son lancement. Presque vingt ans ont passé, et l’entreprise, maintenant devenue le géant de son milieu, a su se diversifier intelligemment pour faire partie intégrante du paysage des internautes en matière d’e-shopping. Mais qu’est-ce qui se cache donc derrière Amazon ?

Quelques chiffres

100 000, c’est le nombre d’employés salariés par Amazon, partout dans le monde. Un chiffre impressionnant qui a bien augmenté, puisqu’en 2002 il ne montait qu’à 7 800 salariés.

Les hangars d’Amazon totalisent à eux seuls plus de 7 millions de mètres carrés, ce qui représente environ 700 Madison Square Garden et le volume de plus de 10 000 piscines olympiques. C’est qu’il en faut de la place, pour stocker tous ces produits…

En 2013, le chiffre d’affaires du géant de l’e-commerce s’élevait à 75 milliards de dollars. D’ailleurs, Amazon a totalisé dès le départ des chiffres d’affaires très élevé, présage de son succès exponentiel : pendant ses cinq premières années d’existence, l’entreprise a compté 2,8 milliards de dollars, tandis que dans le même temps, Google ne faisait « que » 1,5 milliards, et eBay, seulement 400 millions de dollars.

Aujourd’hui, Amazon représente 50 % des ventes de livres aux Etats-Unis, et pourrait même devenir le premier libraire de France d’ici 2017… Plus que les grands magasins comme la Fnac, c’est sûrement Amazon que doivent craindre les petits libraires indépendants. En effet, l’entreprise ne se contente pas de grappiller ça et là toutes les parts de marché. Elle a également une influence et une autorité, au moins dans le marché du livre. Par exemple, quand Hachette refuse de baisser la marge qu’il perçoit sur les e-books, Amazon choisit la méthode de la punition : impossibilité de précommander les livres, des délais de livraison rallongés, une augmentation des prix… chez Amazon, ça file droit, ou ça ne vend pas.

Amazon est né dans un garage, mais a fait bien du chemin depuis... © Data Gueule

Amazon est né dans un garage, mais a fait bien du chemin depuis… © Data Gueule

Les tentacules du fleuve Amazon

Amazon ne se contente pas de vendre des livres, vous le savez bien. Depuis vingt ans, l’entreprise s’est largement diversifiée et vous pouvez maintenant trouver absolument tout sur le site, depuis les jeux vidéos jusqu’au matériel d’activités créatives, en passant par des appareils de haute technologie, des vêtements et de la papeterie.

Ce que vous ne savez peut-être pas, c’est que dans le domaine de la vente de musique en ligne et directement derrière Apple et iTunes qu’on ne présente plus, on trouve Amazon MP3. On retrouve également Amazon dans le secteur des liseuses, avec la célèbre Kindle, des tablettes, avec Kindle Fire, des téléphones, avec le Fire Phone, dans la production de films et de séries, avec Amazon Studios, ainsi que de la livraison de produits frais avec Amazon Fresh (mais à Seattle seulement), de drones du côté de Amazon Prime Air, de navettes spatiales, eh oui carrément, avec BlueOrigin, mais aussi (reprenez votre souffle) de rideaux et dessus-de-lit chez Pinzon et de chaises de jardin avec Starthwood.

Blague à part, Amazon se diversifie en effet dans tous les sens, parce que tenez-vous bien, ce n’est pas tout. A votre avis, quel est le point commun entre IMDb (Internet Movie Database, le Allociné anglophone), Audible.com, le site de livres audios qui sponsorise également des chaînes YouTube, et Zappos, un revendeur de chaussures sur Internet ? Ces trois entreprises appartiennent toutes au big A de Amazon. De quoi avoir la tête qui tourne.

Voici la liste de toutes les entreprises que détient Amazon.

Voici la liste de toutes les entreprises que détient Amazon.

La stratégie fiscale d’Amazon

Mais vous pensez bien qu’on n’en vient pas à détenir 10 % de l’e-commerce des Etats-Unis en faisant n’importe quoi, et si Amazon se déploie de tous les côtés, c’est parce que c’est une stratégie extrêmement bien pensée. En effet, en réinvestissant quasiment tous ses gains, Amazon réduit ses profits. Logiquement, cela fait diminuer ses impôts, et de manière drastique. Entre 2009 et 2013, les profits d’Amazon ont chuté de 75 %, alors même que son chiffre d’affaire culminait à 75 milliards de dollars. En revanche, les impôts que paye l’entreprise sur le sol américain ont eux aussi baissé de plus de 67 %. Voilà qui n’est pas anodin… Au Royaume-Uni, Amazon n’est imposé qu’à une hauteur de 0,1 % de son chiffre d’affaire sur le territoire, et au niveau mondial, le taux d’imposition du géant de l’e-commerce n’est que de 6 %.

La stratégie fiscale d'Amazon est bien rôdée.

La stratégie fiscale d’Amazon est bien rôdée. © Data Gueule

Le grand scandale : Amazon et ses employés

En cherchant sans cesse à couper les frais, à la fois pour améliorer sa situation fiscale et pour contenter le client, qui est roi chez Amazon encore plus que partout ailleurs, ce sont peut-être les employés de l’entreprise qui payent le plus cher la situation. Si l’entreprise a créé pas moins de 2 200 emplois rien qu’en France, ils sont en grande partie financés par des fonds publics.

On ne compte plus les témoignages dégoûtés d’anciens salariés, qui dénoncent des conditions de travail inhumaines : les employés, le plus souvent des intérimaires à qui on fait miroiter un CDI, sont par exemple géolocalisés à l’aide des scannettes qu’ils transportent toute la journée pour récupérer les centaines d’articles par heure qu’ils doivent rassembler pour les commandes. Ils ne sont « tranquilles » que lors de leurs pauses, qui sont au nombre de deux et ne durent que vingt minutes, et pendant lesquelles ils n’ont pas le temps de se reposer. Un rythme qui n’est pas sans rappeler le taylorisme si cher au modèle américain. En Angleterre, c’est encore pire : des points de pénalités sont attribués aux salariés en cas d’arrêt maladie. Au bout de six arrêts, ça dégage.

Comme une preuve supplémentaire qu’Amazon préfère des employés dociles à la discipline militaire, un programme de recrutement a été lancé : Amazon Warriors, destiné aux anciens soldats. Surprenant ? Pas vraiment.

Les employés d'Amazon n'ont généralement pas le temps de sourire, sous la pression.

Les employés d’Amazon n’ont généralement pas le temps de sourire, sous la pression.

Le stockage de données chez Amazon

En tout cas, le domaine dans lequel Amazon est le plus fort, ce n’est peut-être pas la vente en ligne. On doit plutôt se tourner du côté d’Amazon WebServices, un ensemble de services internet lancé en 2006, et qui s’est depuis hissé en grand leader dans le domaine du stockage de données. Finalement, ce qui n’était au départ qu’une petite librairie virtuelle créée dans un garage en vient à héberger les données de Netflix, d’Instagram, de Pinterest… mais également de quelques 600 agences du gouvernement américain, dont par exemple la CIA, et l’US Navy. Certains seraient prêts à penser que tous les oeufs mis dans le même panier, ce n’est pas une si bonne idée…

Amazon WebServices et le n°1 dans son domaine, en à peine neuf ans d'existences. Notamment car ses prix ne cessent pas de baisser.

Amazon WebServices et le n°1 dans son domaine, en à peine neuf ans d’existences. Notamment car ses prix ne cessent pas de baisser.

Fun facts

Bon allez, pour se remonter le moral, voici quelques infos sur Amazon, que vous ne connaissiez probablement pas :

  • Amazon a failli s’appeler « Cadabra », comme dans « Abracadabra ». L’idée, finalement pas si bonne, a été abandonnée quand l’avocat du patron d’Amazon, Jeff Bezos, a cru entendre « cadaver » (cadavre). Effectivement, c’est moins vendeur.
  • Finalement, Jeff Bezos s’est tourné vers « amazon.com » et donc vers le plus grand fleuve du monde, pour traduire l’idée d’une entreprise à grande échelle — qui n’était décidément pas destinée à rester dans un garage. Mais ce choix est également dû aux listings de sites internet de l’époque, qui étaient le plus souvent alphabétiques.
  • Le premier livre vendu par Amazon était un exemplaire de « Fluid Concepts & Creative Analogies: Computer Models of the Fundamental Mechanisms of Thought », un livre qui n’a pas l’air d’être une partie de plaisir et qui se trouvait dans le garage du créateur du site.
  • Le logo actuel d’Amazon représente un sourire, qui va de A à Z. C’est la représentation visuelle de la volonté d’Amazon, qui est de « livrer n’importe quoi, chez n’importe qui, partout dans le monde ». C’est également un clin d’oeil à la politique du service client de l’entreprise : quand les produits sont vendus par un tiers et que le client n’est pas satisfait, c’est la Garantie A à Z qui s’applique, toujours en faveur du client.
Souriez, vous achetez !

Souriez, vous achetez !

  • Tous les employés d’Amazon passent deux jours tous les deux au poste du service clientèle, même le grand patron. C’est une manière de rester humble, mais surtout de comprendre comment fonctionne le service client, et quels sont les problèmes qu’on peut rencontrer au quotidien avec des clients mécontents.
  • En 2012, le site d’Amazon crasha pendant la durée totale de 49 minutes. Même pas une heure, qui fit cependant perdre à l’entreprise des ventes s’élevant à presque 5,7 millions de dollars. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils ont intérêt à avoir les reins solides.
  • Un ancien employé d’Amazon, Greg Linden (celui qui a inventé le système de recommandations sur le site), a raconté la frugalité première d’Amazon. Il décrit par exemple le « bureau-porte » : achetez une porte en bois, de préférence une porte en bois creuse sans trous pré-percés. Sciez quelques piliers et fixez-les sur la porte avec une paire d’équerres effrayantes. Mettez le résultat devant un programmeur. Un bureau-porte« .
Au début d'Amazon, c'était Système D.

Au début d’Amazon, c’était Système D.

  • Pour finir, sachez que les utilisateurs uniques d’Amazon ont cinq fois plus de valeur que ceux d’eBay. Ils rapportent en effet à peu près 189 dollars à l’entreprise, alors que ceux d’eBay ne lui rapportent que 39 dollars. Bouh.

Vous serez peut-être également intéressés par ces 26 infos insolites sur Google !

2018-12-07T10:36:46+00:00